On pense tous être invincibles et qu’on va vivre pour toujours.

Malheureusement, ce n’est pas le cas et la vie nous rappelle à l’ordre.

Un de mes meilleurs amis d’étude a appris avant sa trentaine qu’il avait un cancer sans traitement durable.

Du jour au lendemain, ses perspectives de vie et de voyage ont été chamboulées, il ne pouvait plus attendre sa retraite pour profiter et voyager.

Attendre la retraite pour vraiment voyager, c’est comme attendre qu’une plante soit desséchée pour essayer de la faire revivre, plutôt que de l’arroser.

Je ne parle pas ici du tourisme “fast travel” stressant de 2 semaines dans la nouvelle destination à la mode.

Ces voyages à durée déterminée comme le décompte d’une bombe. Celui en surface, où il faut “cocher la checklist de choses à voir”. Ces voyages pour se distraire, pour prendre une bouffée d’air frais, pour supporter l’asphyxie de la routine monotone.

Je parle ici du slow travel, un voyage lent et transformateur, sans date d’expiration ni itinéraire. Du voyage transformateur.
Celui où tu n’es plus un touriste, mais un voyageur.Celui où tu pars à l’aventure, où tu fais une pause sur le trajet pour admirer le paysage. C’est s’arrêter pour sentir les fleurs et regarder les nuages. Profiter de la vie. Tu sais, ce tour du monde ou “voyage d’une vie” pour lequel ce n’est jamais le bon moment — “sauf la retraite”.

Sauf que :

  1. La retraite — surtout en France et pour notre génération — est loin d’être garantie et sera probablement encore repoussée
  2. Sacrifier ses meilleures années pour « enfin » voyager à 65 ans, vieux et frippé, n’a aucun sens.
  3. Et ça, c’est SI on peut encore voyager à 65 ans. Statistiquement, 40 à 50 % des gens auront un problème de santé majeur d’ici 65 ans, qui pourrait limiter leur capacité à voyager. (cancer, maladie cardiovasculaire, chronique ou mentale)
  4. Voyager tout au long de sa vie est plein de bienfaits. C’est LE meilleur exercice de dev perso, surtout les voyages solo. Il enrichira ta vie, sur la route ou en voyage.

“Travels are not an escape from your real life but a discovery of your real life.” ― Rolf Potts

Pose-toi donc la question 2 minutes : si la retraite n’existait plus ? Que ferais-tu ?

C’est plutôt clair. Il faut plutôt incorporer le vrai voyage long-terme tout au long de notre vie au lieu de le réserver pour la fin.

Si tu veux voir une version vidéo de cet article, c’est possible par ici :

Voilà comment je l’ai fait à titre personnel (un peu par chance et par hasard au début) :

À 15 ans, j’ai eu la chance de partir seul à Shanghai en échange dans une famille chinoise. C’est un peu fou comme expérience.

En l’espace de 2 semaines, j’ai la tourista, suis super homesick, la famille d’accueil ne parlait presque pas anglais (et moi à peine), en 2008 les moyens de communication étaient limités… expérience life-changing !

Je continue mon lycée en France sans trop d’accrocs.

À 18 ans, peu inspiré par le système d’études supérieures en France, je pars étudier au Canada, seul, dans un système complètement différent. Mes amis et mes profs de lycée me prennent pour un fou

Les premières semaines sont plutôt intenses :

  • Je pars seul au Canada et dois gérer le voyage, l’immigration, l’inscription à mon école
  • Je ne comprenais pas les québécois (y compris mes profs)
  • Je dois trouver des solutions à ce genre problème : « Pour ouvrir un compte en banque, il faut un numéro de téléphone et une adresse. Pour avoir un numéro de téléphone, il faut un compte en banque et une adresse. Pour signer un bail, il faut un numéro de téléphone. »
  • Il faut Trouver un appartement, des colocs, et ouvrir des comptes d’électricité, de gaz et d’internet. Comprendre comment les payer avec une carte de crédit et une devise différente.
  • Je perds ma grand-mère au bout de 2 mois et ne peux pas rentrer parce que ça tombe pendant les premiers exams
  • Et l’hiver et la neige arrivent plutôt que prévu dès novembre et je comprends que je vais devoir hiberner pendant 6 mois

Encore une fois, expérience intense, mais j’apprends énormément en quelques mois. Comme toujours à mon retour d’un voyage, il ne s’est pas passé grand-chose dans la vie de mon entourage resté sur place.

De là, je comprends ces principes et commence à voyager de plus en plus : échange universitaire et backpacking en Argentine, première mission freelance en Allemagne, road trips aux US, interrail en Europe… puis tout en restant dans le système « classique » avec un boulot salarié à Montréal.

En mars 2017, à 24 ans. Marre du manque de liberté, du salariat et de l’hiver québecois.

Je prends un billet simple pour la Thaïlande avec mon freelance lancée pour mon grand départ comme digital nomad. On me prend (encore) pour un fou.

Depuis 7 ans, je vis un voyage permanent — je n’ai pas un seul jour regretté mon choix.

Vivre là où les gens rêvent d’aller en vacances grâce à mon activité en ligne, c’est mon plus grand kiff. Je préfère ça à attendre les vacances ou la retraite.

Après 48 pays et des années de voyages, j’ai découvert qu’il y a 3 niveaux de voyage transformateurs, pour tous les goûts et durées.

  1. Le backpacking ou tour du monde (débutant) — le plus rapide, aventureux, et intuitif, mais aussi temporaire. Tu rentres à la maison quand tu n’as plus d’argent ou que ton prochain boulot ou tes études reprennent.
  2. Le nomadisme digital (niveau intermédiaire, ce que je fais depuis 7.5 ans) — tu voyages en travaillant. Tes voyages sont autofinancés et limités par des visas et le FOMO. Tu passes en moyenne 1 à 3 mois par destination et tu as une « petite vie » à chaque endroit.
  3. L’expatriation (niveau expert) : tu restes au moins 6 mois par an à une destination. Tu t’en imprègnes, apprends la langue et y crées ta vie. C’est ce que j’ai vécu 10 ans basé au Canada avant d’être 100% nomade, puis d’aller là où je me sentais le mieux. Aujourd’hui, je suis basé en Thaïlande la moitié de l’annnée. C’est le concept d’ « aller là où on te traite le mieux » selon Andrew Henderson

Est-ce que c’est facile de partir ? Non.

Tout le monde n’est pas un jeune mec célibataire et sans enfants. (c’est quand même possible pour les familles, j’en parle juste après)

Est-ce que c’est possible pour tout le monde ? Je pense que oui pour la grande majorité des personnes qui le veulent vraiment.

Les peurs ou excuses classiques

C’est vrai qu’il faut être assez motivé pour passer outre les excuses classiques :

  • « ce n’est pas le bon moment »

👉 un bon moment ça se crée (si tu attends le bon moment, ça t’amènera à la retraite)

  • « voyager coûte trop cher »

👉 c’est faux, être en voyage peut te coûter moins cher que ta vie « sédentaire » si tu sais voyager au bon prix. Bien sûr, il faut bien choisir ses destinations et ne pas flamber. Avec 1500 € par mois, tu peux vivre très confortablement dans des dizaines de pays sur plusieurs continents. J’explique ça dans Digital Nomad Hacks.

  • « c’est dangereux »

👉 cliché. Je me sens en général plus en sécurité au Mexique que dans certains quartiers de Paris, Lyon ou Marseille.

  • « je n’ai pas assez de vacances »

👉 est-ce que ce ne serait pas le moment de soit :

  • « ça va faire un trou dans mon CV »

👉 au contraire, mets tes voyages sur ton CV ou LinkedIn ! Je préfère travailler avec un Freelance ayant fait des voyages transformateurs. Je sais qu’il/elle sera débrouillard(e), équilibré(e) et ouvert(e).

(un burnout fera aussi un trou sur ton CV et dans ton bien-être si tu tires trop sur la corde…)

  • « J’ai des enfants et un crédit. »

👉 Un long voyage ou une expatriation est un des meilleurs cadeaux à faire à ses enfants et à sa famille. Les défis sont nombreux, mais surmontables. J’ai un grand respect pour les parents qui font ce choix.

  • « et la planète »

👉 tu n’es pas obligé d’aller au bout du monde, ni en avion. J’ai rencontré des gens qui combinent voyage prolongé et écologie. Par exemple, Sissi et Vireak, un couple qui a voyagé de Paris à Bali sans prendre l’avion.

Voyager est aussi le meilleur moyen de comprendre où en est le reste du monde en termes d’efforts écologiques.

Il suffit de mettre les pieds en Asie du Sud-est, en Amérique Latine ou en Afrique pour comprendre que les efforts individuels de quelques pays développés ne sont pas le gros domino. (Non pas qu’ils soient inutiles.)

(Et, contrairement aux idées reçues, les nomades et expatriés ne polluent pas plus que des citoyens moyens. Mais, c’est un autre sujet.)

  • « j’ai peur d’être seul.e »

👉 c’est normal et courant et voilà ma réponse :

  1. Tu seras rarement seul si tu ne le veux pas. C’est plus facile de faire des rencontres en étant seul qu’en groupe.
  2. pour rencontrer des gens : dors en hostel, participes à des activités (sport, danse, cours de langue)
  3. c’est un très très bon exercice d’être seul et ça te fera un bien fou

 

Pour toutes tes autres inquiétudes (c’est normal), je t’invite à faire l’exercice de « fear setting » de Tim Ferriss, adapté au voyage.

  1. Identifie tes peurs et les pires choses qui pourraient arriver en voyage.
  2. Réfléchir à ce que tu peux faire pour éviter que ces choses se passent et minimiser les risques
  3. Préparer un plan d’action pour « réparer » le pire scénario
  4. Pense aussi au « coût de l’inaction ». Ne pas faire ce voyage pourrait nuire à ton bonheur, ton ouverture d’esprit et ton expérience.

 

Rétroplanning DDBPLALG de ton prochain long voyage

La méthode la plus efficace pour rendre un voyage concret est de faire un rétroplanning.

Ce n’est pas révolutionnaire, mais extrêmement efficace et rend ton projet palpable.

C’est exactement ce que j’ai fait en 2017, avant de poser ma démission.

Voici une version très simplifiée extraite du programme de La Boussole :

  1. 📆 Deadline : choisis une date de départ (dans 3-6 mois si tu gagnes déjà ta vie en remote, sinon 12 mois)
  2. 🗺️ Destination : choisis ta première destination (mon guide peut t’aider)
  3. ✈️ Billet : réserve ton billet d’avion aller simple — enjoy the feeling !
  4. 💼 Pro : organiser ton activité, soit :
    • Préparer ta démission ou transformation en remote (avoir un billet d’avion aide)
    • Lance, adapte ton activité indépendante au remote
  5. 🏠 Logement : décide quoi faire ton logement actuel (sous-louer, le lâcher et stocker tes affaires). Réserve un logement pour la première semaine à destination.
  6. 🎒 Affaires : gère tes affaires actuelles et équipe-toi pour ton voyage
  7. 🛂 Logistique : prends tes assurances santé, renseigne-toi sur les visas, vaccins, etc.
  8. 🚀 Go

Bon voyage, see you on the road 🙂

— Ambroise